Un retour en disgrâce?

Un retour en disgrâce?

Afrique-Gambie/— Exilé en Guinée équatoriale, l’ex-dictateur réclame de pouvoir revenir dans son pays. Les réactions à cette annonce sont loin d’être unanimes.

 

Mauvaise nouvelle pour les Gambiens ? Leur ancien président, en exil en Guinée Equatoriale, a émis le souhait de rentrer en Gambie . Dans des propos tenus à un responsable de son parti, l’Alliance patriotique pour la réorientation et la construction (APRC), il exhorte ses partisans à réclamer des autorités le respect des engagements pris par les organisations africaines et l’ONU au moment de son départ contraint de Gambie. En janvier 2017, après avoir rejeté sa défaite à la présidentielle, Yahya Jammeh a finalement accepté l’exil, contraint par une intervention militaire.

En contrepartie, il avait obtenu de l’Union africaine, de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest et des Nations unies leur engagement à œuvrer avec le gouvernement gambien pour le respect de la sécurité et des droits de Yahya Jammeh, et notamment celui de rentrer en tant que citoyen et ancien chef de l’État. « Il faut appliquer l’accord, point final », affirme-t-il dans l’enregistrement. Le gouvernement gambien, lui, a répondu à cette demande par la voix de son porte-parole, Ebrima Sankareh, qui a assuré ne pas savoir « de quel document parle M. Yahya Jammeh ». « S’il revient sans autorisation, le gouvernement gambien ne peut pas garantir sa sécurité », a-t-il déclaré à l’émission Focus on Africa de la

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Un mandat dictatorial

L’annonce de son éventuel retour a fait, ce week-end, le tour des réseaux sociaux. Une majorité de Gambiens souhaitent son retour. Mais pour des raisons différentes. Si ses partisans appellent à une réintégration de l’ancien chef d’État dans la sphère politique gambienne, la population, elle, aspire plutôt à des poursuites judiciaires. Ancien officier arrivé à la tête de la Gambie par un coup d’État en 1994, Yahya Jammeh gère le pays d’une main de fer pendant près de 22 ans. Tortures d’opposants, détentions arbitraires, disparitions forcées et exécutions hasardeuses… Son régime est accusé des pires maux, conduits notamment par les Junglers, une unité officieuse de soldats choisis au sein de la garde nationale et considérés comme les escadrons de la mort de la présidence.

L’opposant gambien Solo Sandeng en a notamment été victime. Le 14 avril 2016, cette figure du Parti démocratique uni (UDP) organise une manifestation près de Banjul. Arrêté avec une vingtaine d’autres membres de l’organisation, il est emmené dans les locaux de la NIA, l’agence des services de renseignements. Il mourra en détention. Plusieurs voix s’élèvent alors pour faire la lumière sur les circonstances de sa mort, dont l’ONG Amnesty International et le secrétaire général des Nations unies de l’époque, Ban Ki-moon. La réponse de celui qui se considère comme « un dictateur du développement » laisse alors peu d’espoir quant à une éventuelle investigation. « Ban Ki-moon et Amnesty International peuvent aller en enfer ! Qui sont-ils pour exiger cela ? […] Où est le problème ? s’insurge-t-il. Des gens qui meurent en détention ou pendant un interrogatoire, c’est très commun. Personne ne me dira que faire dans mon pays. »

La vérité enfin révélée

Après sa défaite à la présidentielle de novembre 2016 et son départ forcé, la Gambie veut panser ses plaies. Fin 2018, les autorités mettent en place la commission Vérité, réconciliation et reconstruction, promesse de campagne d’Adama Barrow destinée à réparer les dommages perpétrés sous l’ex-chef d’État. L’entité, qui peut recommander des poursuites, ne prononce pas en revanche de condamnations. Le 7 janvier dernier, les premiers témoignages des victimes et de leurs bourreaux s’enchaînent à a la barre. Pour des milliers de Gambiens, ces audiences souvent douloureuses sonnent, pourtant, l’heure de vérité. Et permettent de comprendre le fonctionnement d’un régime fondé sur la terreur. En personne ou par vidéoconférence, 190 femmes et hommes ont répondu en un an aux questions du chef conseiller Essa M. Fall et de son adjointe Horeja Bala Gaye.

 

(Source: .Lepoint)

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